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Se libérer des frontières et de la tyrannie ?
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18 mars 2016
– c’est la date des accords entre l’Union européenne et la Turquie qui arrêtent
le flux des migrants aux portes de l’Europe. D’emblée, cette date - inscrite en
surtitrage - marque nos esprits. Sur scène, une femme enseigne la langue
grecque dans un camp de réfugiés. Un cube de verre, des dessins d’enfants.
Pietro Marullo, metteur en scène, chorégraphe et plasticien, présente ici une forme artistique hybride, visuelle et auditive qui nous transporte en Crète, berceau de l’humanité occidentale, aujourd’hui nouvelle Lampedusa. Atypique, cette création nous invite à penser autrement le flux migratoire que nous vivons en Europe. Les exilés sont renvoyés vers le danger qu’ils tentent de fuir ou enfermés dans de vastes camps ultra-sécurisés.
Je ne voulais pas seulement
questionner les bases de notre culture avec les mythes, mais aussi
« comment, nous, individus, on fonctionne », confie Pietro Marullo. Plus qu’une pièce sur le migrant, c’est une pièce sur les européens.
Notre position face à ce phénomène. Du coup, je me suis dit qu’utiliser
l’oreille, l’écoute, était une bonne stratégie pour parler du fait qu’on n’est plus capables d’entendre. On
est immergés dans un bruit ; le bruit des médias, des débats politiques,
des traités… Et finalement on
oublie la chose la plus importante : la souffrance des autres.
L’oreille me permet de créer cette métaphore : si je suis constamment dans
le bruit, mon cerveau, physiologiquement, se protège. Je ne suis plus capable
d’entendre la présence des autres et de déclencher l’empathie. Et c’est une arme très importante
l’empathie parce que si je suis touché par quelque chose, un processus s’active
à l’intérieur de moi-même. J’ai envie d’en parler (…) et je suis capable de
générer un mouvement social, même politique. Si cette chaîne ne fonctionne pas,
on est juste des spectateurs passifs. (1)
Le spectateur est transporté dans un imaginaire onirique et envoûtant qui tantôt le questionne, tantôt le bouscule, sans le laisser indifférent. Il est parfois difficile de suivre le fil de la narration parfois trop suggestif, parfois trop complexe. Au risque de se perdre. Mais on peut choisir aussi de se laisser porté simplement par l’univers sonore et la scénographie soignée de cette création.
Nous citoyens européens, entendons-nous ces gens ? Cautionnons-nous les pratiques de notre société ? Doit-on se fier à ce que l’on voit et à ce que l’on entend ? — Pietro Marullo
Le spectacle nous entraîne dans un univers intellectuel dont on peut avoir parfois l’impression que certaines symboliques et niveaux de narration nous échappent. Mais au final, est-ce important ? Chacun se forge sa propre interprétation du mythe au regard de l’actualité brûlante de l’Europe et des migrations.
Emmanuelle
Dejaiffe
photo du bandeau : © Matthieu Volpe
(1) extrait de l'émission de Léo Potier (« l’info positive ») sur RCF le 29 janvier 2019
Ariane (EU)PHONIE – Soundscape of a Refugees Greek Camp
Du 22 janvier au 2 février 2019
Théâtre Varia
78 Rue du Sceptre
1050 Ixelles
AVEC Mélissa Cornu, Aurélien Dubreuil-Lachaud, Noémi Knecht, Mariana
Domingos Tembe et la participation de Peter Flodrops, Claudine Perron,
Rania Gamah, Nandi-Malyssa Pambe Wayack Geller
SCÉNOGRAPHIE Sabine Theunissen, Pietro Marullo, Marine Fleury assistés de Laura Erba
TEXTE, MISE EN SCÈNE, CHORÉGRAPHIE Pietro Marullo
Avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles – Service du Théatre